IL LA VOULAIT... il l'a. Sa mise en examen a été signifiée à Manuel Aeschlimann, député-maire UMP d'Asnières.
Le juge d'instruction de Nanterre en charge de l'affaire du financement d'un festival folklorique de 1998 a mis Manuel Aeschlimann en examen pour « complicité de favoritisme dans l'attribution d'un marché public ». Entendu comme témoin assisté à maintes reprises par le juge Richard Pallain, le député-maire avait frôlé plusieurs fois cette mise en examen. C'est chose faite depuis la fin juin, a-t-on appris hier de sources concordantes.
Avant son départ en congés d'été, le juge avait envoyé au député-maire « une lettre recommandée avec accusé de réception valant mise en examen », affirme un proche du dossier. Et c'est précisément à cette époque que Manuel Aeschlimann s'était fendu d'une longue lettre adressée au juge dans laquelle il réclamait lui-même sa propre mise en examen.
« Quand on demande sa mise en examen en recommandé, elle est automatiquement prononcée », affirme Manuel Aeschlimann. Mais, de source proche du dossier, on livre un tout autre commentaire. « Le juge n'a pas attendu la revendication de Manuel Aeschliman pour décider de le mettre en examen et envoyer cette lettre recommandée. » Le député-maire ne pouvait l'ignorer. Il a manifestement allumé un contre-feu. Ce qu'il démentait hier.
Rendez-vous avec le juge en octobre
Est-ce parce que l'issue de ses nombreuses auditions chez le juge semblait évidente que le député-maire s'était fait porter pâle le 19 juin, jour de sa dernière convocation comme témoin assisté ? « Certainement pas », s'indigne l'intéressé, qui affirme avoir souffert ce jour-là d'une violente sciatique. Certificat médical à l'appui.
Fin 2003, le parquet de Nanterre avait ouvert une information judiciaire pour « octroi d'avantage injustifié, recel et détournements de fonds publics », liés à l'organisation de ce festival folklorique organisé en 1998. C'est Manuel Aeschlimann, alors premier adjoint, qui avait conçu le projet de cette manifestation, dont l'organisation fut confiée à CDA Production et une association paramunicipale pour 200 000 ¤, une somme « surévaluée », d'après les investigations de la brigade de répression de la délinquance économique (BRDE).
Dès le début de l'instruction, l'ex-maire RPR d'Asnières, Franz Taittinguer, avait été mis en examen pour « atteinte à la liberté d'accès et à l'égalité des candidats dans l'attribution des marchés publics ». Cette année, la directrice de communication de l'époque de Manuel Aeschlimann, Fabienne Van Aal, et le député-maire ont été mis en examen pour complicité de favoritisme.
Mais, tout au long de l'année, l'un et l'autre ont été entendus de longues heures comme témoins assistés. Manuel Aeschlimann fut convoqué à cinq ou six reprises au moins dans le cabinet du juge. Pour des auditions durant parfois sept ou huit heures. Jusqu'à la mise en examen et la lettre de Manuel Aeschlimann fin juin. Une lettre accompagnée d'un communiqué sanglant à l'encontre du juge (lire ci-dessous) dans lesquels il évoque « l'insécurité juridique qui pèse sur les maires et leurs collaborateurs ».
« Que la justice avance sur cette affaire, c'est normal... mais je n'ai pas été bien traité. Il y a quand même des façons de faire », se justifiait le député-maire hier soir. Le prochain rendez-vous entre le juge et le député-maire est fixé à octobre prochain.
Jusqu'à sa mise en examen , Manuel Aeschlimann a déjà été entendu de longues heures comme témoin assisté , à cinq ou six reprises au moins, dans le cabinet du juge . ( GAMMA/ JEAN-FRANCOIS DEROUBAIX. )
Valérie Mahaut avec Frédéric Choulet
Le Parisien , vendredi 01 septembre 2006